Si les structures entrepreneuriales classiques épuisent beaucoup d’entre nous, c’est aussi parce qu’en poussant les portes battantes le matin, on efface instantanément certaines facettes de notre personnalité et nombre de nos idéaux. On décroche parfois notre cœur et par extension notre âme, qu’on pose au placard avant d’entrer… Etre Soi au travail, avec un grand S, demeure un challenge de tous les instants, abandonné par la plupart des actifs, avec les risques psychiques qu’entraine à long terme le déni de Soi. Alors, En quoi l’opale attitude peut-elle enrayer cette fatalité et même nous aider à déployer notre être profond ?

Le règne des Psychopathes en cravate

C’est quoi être un «bon élément» ? En particulier dans les grandes structures du type orange, «L’employé brillant» fixe et atteint ses objectifs en temps et en heure, et s’il les dépasse, c’est encore mieux. Ses émotions doivent être maîtrisées, quant à d’éventuels malaises et autres fragilités, elles doivent être masquées, au besoin par des neuroleptiques, consommés en masse en France, bien davantage qu’en zones de guerre où sévissent famines, épidémies, tortures… Un comportement «corporate» mêlé, en particulier lorsque l’on monte les échelons, à l’art de la manipulation, restent des atouts majeurs de la «successful story».
Ce n’est pas un hasard si des liens entre certaines pathologies et les hautes fonctions ont été démontrées. En 2001, deux chercheuses de l’université de Surey, Katarina Frizon et Mélina Board, se sont notamment basées sur la fameuse liste Hare* pour étudier les traits de personnalité de 39 dirigeants de grandes entreprises britanniques. «Notre échantillon était limité mais les résultats étaient sans appel. Les troubles de la personnalité des hommes d’affaires se confondaient avec ceux des criminels et des patients psychiatriques» explique Mme Board au New-York Times. Bien entendu, loin de nous toute généralité. Des PDG formidables exercent, fort heureusement, mais ce n’est pas la règle, et de nombreux psychopathes sévissent dans les hautes sphères de la finance et de l’entreprise. En même temps, reconnaissons qu’il est plus facile de fermer une usine ou de licencier en masse quand on n’a pas de scrupule… Souvent séduisants, charismatiques et très intelligents, ces individus considèrent leurs collègues avant tout comme des instruments de leur réussite… et ça marche.
Bref, si le manque d’empathie est un gage de succès, inutile de dire que les valeurs humaines, les rêves, les émotions, la vie personnelle n’ont pas ou peu de place au sein des espaces de travail. Quant à la spiritualité, n’en parlons surtout pas… Dans ce contexte réjouissant, beaucoup d’actifs gomment des parts de leur identité, jouent un personnage, ou pire, tentent de devenir à leur tour un psychopathe en cravate… mais cette réduction intellectuelle, psychique, ou cette transformation par le bas se vit de plus en plus difficilement, et tout le monde en pâtit. Car si je viens au travail avec un quart de moi-même, il y a de fortes chances que je n’apporte qu’un quart de ma créativité et de mon énergie. Sans plus attendre, lançons-nous à la poursuite du diamant opale !

Bas les masques !

«Maintenant je deviens moi-même. J’ai été détruite et secouée, j’ai porté des visages qui appartenaient à d’autres.»
May Sarton

Pour que le Soi s’exprime et montre son réel visage, l’ego doit être pondéré, or il pilote bien souvent l’existence de tout un chacun au lieu de rester à sa place réelle, celle du passager. Pour y parvenir, de nombreuses techniques/ruses existent. Frédérique Laloux relate celle, assez cocasse, de la «cymbale», utilisée lors des réunions tenues par les équipes des hôpitaux psychiatriques Heiligenfeld. Le concept est très simple. Dès que l’égo mène la danse, ou plutôt le verbe, chez un intervenant, un autre participant scalpe l’envolée égotique en frappant les cymbales, dont le son vibre longtemps… très longtemps… Alors à force, on se gère pour ne pas subir à nouveau le supplice cinglant des cymbales…
L’autre grande faille des structures traditionnelles est de tendre à nous faire exercer uniquement nos aptitudes «intellectuelles» «mentales» «rationnelles» reliées par certains à la «partie gauche» du cerveau. Pour faire court, nous disposons aussi d’une partie «droite», davantage consacrée à l’imagination, à l’intuition, à la création. Et puis nous avons aussi d’autres cerveaux, (cœur, intestins) accessoirement un corps, des émotions, des sentiments, et même des capacités supra mentales qui n’attendent que d’être développées… il faut ajouter à cela d’autres besoins fondamentaux de l’être humain, souvent oubliés, voir bannis de la vie en entreprise : le rapport aux autres autre que compétitif, mais aussi le rapport à la nature, à la faune et à la flore différent du paradigme habituel «exploitant/exploités». Ce sont toutes ces parts de nous-mêmes, souvent niées, qui doivent être convoquées, exploitées, déployées pour faire de nous des êtres complets.
C’est particulièrement le cas chez les enfants. Ainsi, dans les écoles «opales» dont un exemple existe à Berlin, des initiatives sont prises pour développer d’autres capacités ou d’autres valeurs, telles que la gratitude ou l’altruisme. Par exemple, tous les vendredis après-midi, les élèves se réunissent dans la cour et regardent leurs collègues prendre le micro pour remercier quelqu’un d’autre : un élève, un prof, peu importe… Les enfants sont également amenés à travailler dans des collectivités deux heures par semaine, ainsi qu’à relever des défis du type «bivouac de survie» en pleine nature, ou bien encore à effectuer une randonnée à bicyclette à travers l’Allemagne avec l’obligation de demander le gîte et le couvert.
Cette école ne connaît ni la violence, ni le racket… cherchez l’erreur… qu’attend-t-on pour mettre tout ceci en place ?

Le mode opale annule la frontière entre vie privée, et vie professionnelle

Un autre moyen concret de conquérir la plénitude au travail consiste à revoir les espaces et à optimiser le cadre. Une décoration personnelle, l’installation de plantes, l’accueil des animaux de compagnie sont encouragés. Plutôt que des micro-ondes à côté d’un obscur distributeur de soda, on met en place de vraies cuisines propices au partage de déjeuners conviviaux. Des salles de repos et de méditations sont aménagées. Et si l’entreprise peut être bâtie près de la nature, comme Sun hydraulics, édifiée près d’un lac, c’est encore mieux.
Toute la magie et la beauté du mode opale consiste, par l’intermédiaire de procédures concrètes et carrées, à révéler, exalter et/ou faire revenir le dit «travailleur» à la partie la plus digne de lui-même, que certains appelleront l’âme…
L’impact de l’environnement sur l’évolution de nos comportements n’est plus à démontrer, comme en témoignent, notamment, les travaux d’épigénétique, qui enquêtent sur les modes de lecture ou non de nos brins d’ADN en fonction des facteurs externes, après que l’on ait longtemps pensé qu’ils étaient «gravés dans le marbre» et en partie bon pour «la poubelle». De la même manière, les structures opales permettent, entre autres, de lire le meilleur de notre ADN. Le temps est venu d’aller chercher le diamant brut niché aux confins de notre être, bien loin sous la poussière de l’ego et des ans, enseveli par des couches et des couches de refoulement, de conditionnements et de croyances fausses. Nous disposons de tous les outils pour aller dénicher ce joyau intérieur. Lançons-nous à la poursuite du diamant opale.

* Hare Robert, spécialiste de la psychopathie. Snakes in Suits : When Psychopaths Go to Work est un de ses ouvrages de référence.

 

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